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COMPTE RENDU ANALYTIQUE DE LA SEANCE PLENIERE DU MARDI 19 JANVIER 2016 A 11 HEURES

Présidents de séance :

Monsieur Salifou DIALLO
Président de l’Assemblée nationale

Secrétaires de séance :

– Monsieur Salifo TIEMTORE
Premier Secrétaire parlementaire

– Monsieur Maxime KONE
Deuxième Secrétaire parlementaire

Ordre du jour : message de Son Excellence Monsieur le Président du Faso adressé aux députés sur la situation relative aux attaques terroristes du vendredi 15 janvier 2016.

La séance plénière du mardi 19 janvier 2016 s’est ouverte à 11 heures 13 minutes.

1. Le quorum

La vérification des présences a donné le quorum suivant :
-  absents excusés : 03
-  absents non excusés : 04
-  présents : 120
-  procuration : 00
-  votants : 120

2. Les annonces

A l’ouverture de la séance, le Président a demandé à la plénière d’observer une minute de silence en la mémoire des victimes des attaques terroristes du vendredi 15 janvier 2016.

Mesdames et messieurs les députés ont été informés que l’ordre du jour de la séance a été modifié. Monsieur Simon COMPAORE, ministre d’Etat, ministre de l’Administration territoriale et de la sécurité intérieure qui était attendu ce jour à l’Assemblée nationale, n’a pas pu venir. Compte tenu du fait que le Premier ministre n’a pas encore fait sa déclaration de politique générale, ni lui ni un membre du gouvernement ne peut se présenter devant la Représentation nationale. Par conséquent et conformément à l’article 51 de la Constitution, Son Excellence monsieur le Président du Faso a communiqué avec l’Assemblée nationale par un message qui n’a donné lieu à aucun débat.

La lecture du message a été faite par Monsieur Halidou SANFO, président de la Commission de la défense et de la sécurité (CODES).

3. Le message du Président du Faso

A l’entame de son message, le Président du Faso a rappelé que le Burkina Faso a enregistré une série d’attaques ordonnées dont certaines ont été suivies de prises d’otages ayant entrainé de nombreuses pertes en vies humaines et d’importants dégâts matériels. Le message a abordé les quatre points essentiels suivants :

-  l’attaque terroriste de présumés djihadistes et l’enlèvement d’un couple d’expatriés au Nord du pays ;
-  l’attaque terroriste au Splendid hôtel et au restaurent Cappuccino ;
-  le bilan global de ces attaques ;
-  les mesures prises par le gouvernement.

De l’attaque terroriste de présumés djihadistes et de l’enlèvement d’un couple d’expatriés

Le vendredi 15 janvier 2016, la Brigade territoriale de gendarmerie de Tinakof a été victime d’une attaque à l’explosif et à la roquette, faisant ainsi 2 morts dont un gendarme et 2 blessés qui ont été évacués à l’hôpital nationale de Tingandgo.

De même, dans la nuit du 15 au 16 janvier 2016, le couple ELIOT, un couple d’expatriés qui vivait au Burkina Faso depuis plus de 40 ans a été victime d’enlèvement dans la ville de Tiou. L’identité des auteurs de l’enlèvement reste méconnue.

De l’attaque terroriste au Splendid hôtel et au restaurent Cappuccino

Dans la nuit du 15 janvier, le Splendid hôtel et le restaurent Cappuccino ont été les cibles d’attaques perpétrées par des combattants djihadistes.

Une cellule de crise, a été immédiatement mise en place pour la circonstance au niveau national. Elle est basée au ministère chargé de la Sécurité et composée d’une dizaine de membres sous la conduite de Monsieur Simon COMPAORE, ministre d’Etat, ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Sécurité intérieure.

Pour coordonner l’action des corps de défense et de sécurité déployés afin de faire face à cette attaque, la cellule de crise a mis en place un commandement opérationnel composé de cinq membres.

Par ailleurs, sous la coordination de la cellule de crise, des centres d’opération au niveau des différents Etats-majors des forces de défense et de sécurité ont été mis à contribution dans la conception et la mise en œuvre de la stratégie d’ensemble.

Le commandement opérationnel a été soutenu par les forces spéciales françaises et américaines. Les unités militaires et policières engagées dans les opérations étaient composées des forces suivantes :

-  la Gendarmerie nationale ;
-  l’Unité spéciale d’intervention de la Gendarmerie ;
-  la Compagnie de Gendarmerie de Ouagadougou,
-  le Groupement de gendarmerie mobile de Ouagadougou
-  la Police nationale ;
-  l’Unité d’intervention polyvalente ;
-  la Brigade anti-criminalité ;
-  la Compagnie républicaine de sécurité (CRS) ;
-  la Brigade nationale des sapeurs-pompiers ;
-  l’armée de terre ;
-  l’armée de l’air ;
-  le génie militaire et les différents services de renseignement.

Dans la même nuit, un assaut a été lancé aux environs de 1 heure du matin par les forces de défense et de sécurité sur les sites occupés par les assaillants. Cette opération de sauvetage a permis de libérer 176 personnes au nombre desquelles de nombreux blessés qui ont été conduits dans les centres de santé (hôpital Yalgado OUEDRAOGO, polyclinique Notre Dame de la paix, hôpital national de Tengandgo). Le ministre en charge de la Fonction publique, Monsieur Clément SAWADOGO faisait partie des premiers otages libérés.

Entre 02 heures 55 minutes et 03 heures 20 minutes, la cellule de crise a effectué une visite de terrain sur l’Avenue Kwamé N’Krumah et à l’hôpital Yalgado OUEDRAOGO. A l’hôpital Yalgado OUEDRAOGO, le constat était le suivant :

-  10 malades étaient pris en charge pour un soutien psychologique ;
-  19 blessés étaient reçus aux urgences chirurgicales dont 1 au bloc opératoire ;
-  la prise en charge des victimes a été assurée par les membres du comité de gestion des catastrophes, mobilisés à cet effet.

Du bilan global de ces attaques et les mesures prises par le gouvernement

Concernant l’attaque au Nord du pays :

-  à Tin-Akoff, l’on dénombre 2 décès dont 1 gendarme et 1 civil ; 2 blessés dont un grave ;
-  un couple d’expatriés enlevé à Djibo.

S’agissant de l’attaque sur l’Avenue Kwamé N’Krumah :

-  176 otages de 18 nationalités différentes libérés ; 29 otages tués sur les lieux dont 1 Américain, 9 Burkinabè dont une femme, 4 Canadiens dont 2 femmes, 2 Français, 1 Libyens, 1 Néerlandais, 1 Portugais, 1 Suisse, 4 Ukrainiens dont 3 femmes et 5 de nationalités encore inconnues. Des investigations sont en cours en vue de déterminer la nationalité de ces victimes ;
-  71 blessés sont transportés dans les formations sanitaires de la ville de Ouagadougou. De nos jours, 15 y sont toujours dont 8 à l’hôpital Yalgado OUEDRAOGO, 5 à l’hôpital national de Tengandgo. L’unique blessé qui était toujours à la polyclinique Notre Dame de la paix, une Franco-marocaine, a succombé à ses blessures, portant ainsi le nombre de décès à 30 ;
-  4 éléments des forces de défense et de sécurité ont été blessés dont 1 militaire français, 2 policiers burkinabè et un gendarme burkinabè ;
-  3 assaillants ont été tués dont 2 de peau blanche et 1 de peau noire.

Une enquête a été immédiatement ouverte par le Procureur du Faso près le Tribunal de Grande Instance de Ouagadougou pour mener des investigations judiciaires sur ces crimes.

Une équipe française, composée de 6 gendarmes et 11 policiers, a été sollicitée par les autorités pour appuyer les enquêteurs burkinabè. De même, on note l’arrivée de 5 éléments de Federal Bureau of Investigation (FBI).

Des mesures urgentes prises par le gouvernement

En termes de mesures urgentes prises par le gouvernement, les activités suivantes ont été programmées :

-  opérationnalisation rapide du Conseil de défense et de sécurité nationale (CDSN) et de l’Agence nationale de renseignement (ANR) ;
-  visites des hôtels de Ouagadougou en cours depuis le 16 janvier 2016 ;
-  rencontre avec les hôteliers le jeudi 21 janvier 2016 à 15 heures ;
-  rencontre avec les diplomates et les partenaires au développement ;
-  rencontre avec les représentants des parents des victimes et des blessés ;
-  sortie projetée d’une délégation gouvernementale à Djibo et à Tin-Akoff ;
-  invitation faite aux gouverneurs de prendre des mesures idoines ;
-  appel aux autorités religieuses et coutumières à la sensibilisation et à la désignation des points focaux en collaboration avec les forces de sécurité et la population ;
-  maintien des horaires actuels du couvre-feu de 23 heures à 6 heures du matin ;
-  renforcement des contrôles aux entrées et sorties de la ville de Ouagadougou ;
-  renforcement des contrôles sur les axes routiers ;
-  interpellation de tout véhicule suspect ;
-  renforcement de la participation communautaire à la lutte contre l’insécurité ;
-  remise en route des contrôles des véhicules à vitres teintées ;
-  dynamisation de l’observatoire national des faits religieux.

A l’issue de la lecture du message sur la situation générale des attaques terroristes, le Président de l’Assemblée nationale a indiqué qu’en accord avec les présidents des groupes parlementaires, une délégation composée de députés se rendrait le mercredi 20 janvier 2016 dans les hôpitaux pour se solidariser avec les blessés. De même, un communiqué sera fait par la Présidence de l’Assemblée nationale pour témoigner sa compassion aux familles des victimes.

Enfin, il a invité les députés à réfléchir sur des propositions de loi tendant à renforcer la lutte anti-terroriste et la laïcité au Burkina Faso.

La séance a été suspendue à 11 heures 45 minutes et les députés ont eu un huis clos immédiatement après que le personnel administratif et le public ont quitté l’hémicycle.

Ouagadougou, le 19 janvier 2016.

Le Président

Salifou DIALLO

Le secrétaire de séance

Maxime KONE
Deuxième Secrétaire parlementaire

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