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Exclusion sociale : le député Sankara, en avocat défenseur de victimes

Les conséquences de l’exclusion sociale par allégation de sorcellerie sont légion dans certaines localités au Burkina Faso. Afin de combattre l’exclusion sociale, le ministère en charge de la solidarité a tenu, le 16 février 2017, une séance de plaidoyer auprès des populations à Samba dans la province du Passoré notamment les dépositaires des us et coutumes. Le plaidoyer pour l’abandon de la pratique de « bannissement, lapidation, humiliation et exclusion sociale » a été porté par le parrain de la cérémonie, Me Bénéwendé Stanislas Sankara, 1er Vice-président de l’Assemblée nationale.

Les différents témoignages pathétiques sur des situations où des femmes suspectées de sorcellerie et transformées en paria dans leur village, contraintes d’aller de centre d’accueil en centre d’accueil, rongées par le chagrin et l’amertume, ont fini de convaincre l’assistance à la cérémonie de la cruauté du traitement dégradant de bannissement, de lapidation, d’humiliation, d’exclusion sociale, dont sont l’objet les femmes accusées de « mangeuses d’âmes ».

C’est donc à l’unisson que les responsables coutumiers, les chefs traditionnels de Saamba, la Secrétaire d’Etat à la solidarité, Yvette Dembélé, le parrain, Me Bénéwendé Sankara, et les associations de promotion des droits des personnes exclues pour accusation de sorcellerie ont poursuivi le plaidoyer.
« Je vous invite à la tolérance et au respect des droits de la personne humaine. Ces pratiques ne peuvent plus continuer », a plaidé la Secrétaire d’Etat, Yvette Dembélé. Fustigeant la pratique de l’exclusion sociale, le parrain a expliqué que « quelqu’un qui arrive à chasser sa propre mère pour accusation pour fait de sorcellerie perd toute sa dignité et toute son intégrité ».

Naaba Sanem, chef de Saamba, a fustigé : « plus jamais, nous ne devrons continuer une telle pratique chez nous. Les morts ont des explications rationnelles. C’est l’ignorance et la pauvreté qui nourrissent ces croyances indignes ».
Par la suite, les responsables d’associations locales présents à la séance de plaidoyer ont évalué l’ampleur des traitements dégradants et inhumains (sévices corporels, menaces verbales, injures, lapidation, incendies d’habitations et de biens, etc.) sur les femmes accusées de fait de sorcellerie dans le Passoré. Ils affirment qu’en 2015, une étude a révélé que « les ressortissants du Passoré étaient de 176 sur 212 pensionnaires dans les centres Delwendé de Tanghin et de Paspanga ».
Selon les estimations faites par la Secrétaire d’Etat, Yvette Dembélé, « dans la région du Nord, 245 personnes ont été chassées de chez elles pour sorcellerie. A ce triste constat, et pendant qu’on s’indignait encore de ce fait, 300 autres, toutes de Pilimpikou dans la commune de Saamba, ont été littéralement sommées de ne plus respirer l’air du village en mai 2016 ».

Les pratiques d’exclusion sociale sont très souvent suivies d’actes de violence qui entraînent parfois la mort. Venu donner une communication à cette séance de plaidoyer, le procureur de Yako a précisé que de nouvelles lois permettent de réprimer fortement la pratique. Il s’agit de la loi n°061-2015/CNT du 06 septembre 2015 portant prévention, répression et réparation des violences à l’égard des femmes et des filles et prise en charge des victimes ainsi que celle n°024-2015/AN du 17 octobre 2016 portant protection et promotion des droits des personnes âgées. « Nous disposons de lois pour les punir et nous ne lésinerons pas sur les moyens pour le faire », a averti le procureur.

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