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Fonctionnement des structures de promotion de l’emploi : Les députés s’enquièrent de la situation à Bobo Dioulasso

Après le Centre, la mission d’information sur le fonctionnement des structures de promotion de l’emploi a déposé ses pénates dans la Boucle du Mouhoun et les Hauts-Bassins, du lundi 20 au mercredi 22 novembre 2017. Dans ses deux régions, la commission a pu rencontrer et échanger avec les différents acteurs des Fonds mis en place dans le cadre de la création, de l’appui et de la promotion de l’emploi. Retour sur la situation de Bobo Dioulasso.

Lamoussa Charles Samandoulougou est un ingénieur en élevage à la retraite qui vit à Bobo Dioulasso. Le ‘’vieux’’, comme on l’appelle affectueusement, n’entend pas passer ses vieux jours à se prélasser sur une longue chaise en compagnies de ses petits-fils, écoutant son poste radio et feuilletant ses journaux et ses programmes de PMU. Le doyen Lamoussa Charles reste actif et surtout productif. Il fait, actuellement, dans la production et la vente d’aliments pour bétail. Avec un prêt de cinq millions contracté auprès du Fonds national d’appui aux travailleurs déflatés et des retraités (FONA-DR), cet ingénieur à la retraite a pu structurer et diversifier ses activités. Aujourd’hui, en plus des aliments pour bétail, Samandoulougou fait de l’embouche bovine et de la production de volaille. Les aliments, précise-t-il, se vendent bien « je les produis sur commande ». Dans les discussions, le ‘’vieux’’ a confié, aux députés venus voir ses installations, que ces temps-ci, il a obtenu une commande de 19 millions d’aliments qu’il s’évertue à produire. Une aubaine qui n’a pas manqué de susciter une réaction d’admiration chez le chef de la mission de Bobo Dioulasso, le député Luc Yé : « C’est formidable ce que vous faites ! ». « Ce sont de pareilles activités qui constituent des emplois pour les jeunes dans le domaine de la production animale. C’est pourquoi, j’ai toujours conseillé de revoir la façon d’accompagner les porteurs de projets. Nous courrons un échec si l’on continue dans cette tendance » conseille Samandoulougou, tout fier de vivre une retraite exemplaire.

La situation du vieux est loin d’être la seule réussite en matière d’accompagnement des projets par les Fonds. Dans la banlieue Nord de Bobo Dioulasso, dans les environs de Borodougou, au secteur 24, se niche une fierté : une ferme de production de poules pondeuse. Cette affaire marche grâce des fonds obtenus auprès du Fonds d’appui au secteur informal (FASI). Environ deux mille poules séjournent dans cette ferme entretenue par madame Ramata Diallo. « J’ai commencé avec juste 150 têtes en 2008 sur un financement de 500 000. Le projet s’est avéré rentable et en 2014, je suis repartie voir FASI pour un deuxième financement. Ils m’ont accordé 1 000 000. De nos jours, la ferme contient 2000 poules pondeuses ». Mme Diallo et ses employés remplissent chaque matin plus de 50 plaquettes d’œufs gracieusement offerts par les habitants de la ferme. Le député Luc Yé et ses collègues ont positivement apprécié le sérieux et la rigueur avec laquelle Mme Diallo entreprend dans sa ferme.
Comme ces deux promoteurs, nombre de jeunes, de femmes et de structures bénéficient de l’accompagnement de l’Etat à travers les Fonds. Dans l’ensemble, les députés ont pu remarquer que nombre de promoteurs s’en sortent, à l’image du Vieux Samandoulougou et de Mme Diallo. Les honorables ont également pu voir et toucher du doigt des situations moins brillantes. L’exemple de ces femmes de la Coopérative maraichère urbaine et périurbaine de Bobo Dioulasso est assez éloquent. Elles ont bénéficié du Fonds d’appui à la formation professionnelle et à l’apprentissage (FAFPA) d’une formation en production maraichère. Au secteur 25, sur une aire d’un hectare et démi, elles s’échinent à faire pousser diverses spéculations : oignon, salade, tomate, haricot, aubergine, etc. Leur ambition est forte : pouvoir s’auto prendre en charge à partir de la vente de ce travail commun. Hélas, des difficultés plombent cette visée, malgré l’accompagnement du FAFPA. Il s’agit de la rareté d’eau et du manque de moyen pour étendre leur superficie. L’insuffisance des sommes accordées est également un souci relevé par certains promoteurs. Mme Sawadogo ne dira pas le contraire. Promotrice d’une ferme avicole en banlieue, elle récolte 30 plaquettes d’œufs chaque matin auprès de ses 2700 pondeuses. Elle dit rencontrer d’énormes difficultés pour augmenter sa production. Son mari rencontrer à la ferme, a confié à la mission que son épouse, promotrice de l’affaire, avait souhaité 20 millions et n’a obtenu que 10. « Si elle arrive à augmenter sa capacité de production, elle pourrait créer des emplois pour d’autres jeunes et améliorer grandement les conditions d’entretien des pondeuses » souhaite monsieur Sawadogo, soutenu dans son propos par un concert de caquètements des locataires de la ferme comme pour dire que son vœu est largement partagé.

Dans son atelier situé au centre-ville, Mme Clarisse Dabiré, vit une situation toute particulière. Ebéniste formée par l’Agence nationale pour la promotion de l’emploi (ANPE), elle officie dans la menuiserie à Bobo Dioulasso. Si côté savoir, elle dit être suffisamment capée, elle se plaint cependant de la rareté des commandes. « Il m’arrive de passer jusqu’à six mois sans la moindre commande. Ce qui fait que je n’ose pas employer des jeunes » explique-t-elle à la mission. Un autre impair lié à son travail est l’abandon progressif de ce métier par les jeunes, surtout les filles. « Elles se forment en menuiserie, viennent pour des stages et abandonnent par la suite. Malgré mes encouragements, elles préfèrent, dès qu’elles sont mariées, faire autre chose » regrette celle qui fait ce métier depuis plus d’une vingtaine d’années.
De l’utilisation des prêts, les députés ont appris que certains promoteurs se montrent moins sérieux. « S’ils ne détournent pas la destination des fonds obtenus, ils ne se hâtent pas pour le remboursement. Il y en a même qui refusent de payer les acomptes » regrettent un des responsables du Guichet unique.

A Bobo Dioulasso, le Guichet unique des Fonds travaille d’arrache-pied chaque jour pour répondre aux attentes des promoteurs. Seulement, lui-même rencontre d’énormes difficultés de fonctionnement. C’est du moins ce que ses responsables ont dit aux députés. Les agents citent, entre autres, des conditions difficiles de travail, surtout pour le recouvrement, la gestion de leur carrière, les modes de financement des projets, le manque de moyen de pression et de contraintes des promoteurs, l’incivisme de certains propriétaires de projets, etc.
C’est bien chargé d’informations sur la situation de l’emploi et des Fonds, que le député Luc Yé et ses collègues sont repartis à Ouagadougou, outillés pour formuler des recommandations sur la thématique, à l’endroit de l’exécutif.

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