Burkina Faso
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DISCOURS D’OUVERTURE DE LA PREMIERE SESSION ORDINAIRE DE L’ANNEE 2018 DE SEM Alassane Bala SAKANDE, PRESIDENT DE L’ASSEMBLEE NATIONALE

Monsieur le Ministre d’Etat auprès de la Présidence du Faso représentant, Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement ;
Mesdames et Messieurs les présidents d’institutions ;
Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement ;
Leurs Excellences Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et Représentants des missions diplomatiques et consulaires ;
Mesdames et Messieurs les représentants des organisations internationales et interafricaines ;
Monsieur le Chef de file de l’Opposition Politique (CFOP) ;
Honorables députés à l’Assemblée Nationale ;
Distingués invités en vos divers titres, grades et qualités respectifs ;
Mesdames et Messieurs,
A chaque fois que nous nous réunissons ici le premier mercredi du mois de mars, c’est pour témoigner de la force imprescriptible de notre Constitution. C’est pour nous soumettre à une obligation républicaine telle que prescrite par l’article 87 de la loi fondamentale qui fixe à cette date précise l’ouverture de la première session ordinaire de l’année en cours.
Cette rentrée parlementaire intervenant, bien sûr, après une intersession, je voudrais souhaiter aux honorables députés un bon retour sur les bancs de l’Hémicycle.
Je voudrais aussi, et surtout, les exhorter à l’assiduité, donc à se départir de cet absentéisme dont certains ont fait preuve lors de nos précédentes sessions.
C’est à ce prix, si vraiment c’en est un, que nous rattacherons notre titre de député à la mission qui l’a toujours fondée : représenter le peuple.
Cette fonction de représentation impose aussi aux députés l’obligation de rendre compte.
Je saisis l’opportunité pour adresser mes sincères félicitations à tous ceux d’entre nous qui se sont soumis à cet exercice de redevabilité.
Cette culture du « rendre compte » est d’autant plus une nécessité que le mandat du peuple doit être le mandat de la confiance et de la transparence. Or la confiance ne peut pas régner quand la classe politique en générale, et la Représentation nationale en particulier continueront d’être perçues, à tort ou à raison, comme une noblesse d’Etat rompue aux petits arrangements loin des préoccupations réelles des masses populaires.
Comme le disait le Capitaine Thomas SANKARA
le 2 janvier 1983 dans son discours d’investiture comme Premier Ministre du CSP 2 je cite : « Nous ne devons pas tenir le peuple en respect mais réserver tout le respect au peuple » fin de citation.
Chers invités ;
Collègues Députés ;
Mesdames et Messieurs ;
Avant de poursuivre mon propos, je tiens à exprimer ma profonde gratitude à toutes ces éminentes personnalités qui par leur présence ici ce soir nous donnent la preuve de leur solidarité et de leur amitié envers notre peuple.
Qu’elles en soient grandement remerciées.

Distingués invités,
Mesdames et Messieurs,
La présente session ordinaire s’ouvre dans un contexte international et national en pleine mutation, charriant par la même occasion son lot d’interrogations et d’incertitudes mais aussi son flot d’opportunités et d’espoirs.
Au plan mondial, le panorama politique, géopolitique et économique fait ressortir un retour progressif de la loi du plus fort que certains dirigeants des grandes puissances ont érigé en norme.
Le culte de la volonté de puissance véhiculé par des dirigeants sûrs de leur droit et de leur force menace de nouveau la sécurité internationale.
La poussée des égoïsmes nationaux, la militarisation des frontières et les politiques de restriction à la libre circulation des personnes et des biens continuent de déstabiliser le droit social et humanitaire à l’échelle mondiale.
Méprisés, traqués et humiliés, les migrants et les réfugiés sont devenus dans certains Etats, les boucs émissaires de la crise économique, et sont abandonnés à leur triste sort. Quand, dans le meilleur des cas, ils ne sont pas réduits en bête de somme corvéable à merci, ils sont, dans le pire des cas, l’objet d’un commerce avilissant dans des marchés aux esclaves.
Distingués invités,
Chers collègues,
Mesdames et Messieurs,
Au plan national, l’ouverture de cette session ordinaire intervient au moment où notre pays panse encore ses plaies suite aux attaques qui ont visé l’Ambassade de France et l’Etat-major général des armées ce vendredi 2 mars 2018 à Ouagadougou.
Elle intervient quelques heures seulement après l’inhumation des victimes de cette barbarie que rien ne saurait justifier.
A la mémoire de nos vaillants soldats disparus, je vous prie d’observer une minute de silence.
(Je vous remercie)
Alors que ce vendredi 2 mars les musulmans se préparaient à aller à la mosquée ;
Alors que ce vendredi 2 mars les catholiques s’apprêtaient pour le chemin de croix ;
Ce même vendredi là, les prédicateurs de la mort, eux, se laissaient aller à leur haine pour la vie.
Pour chacune des victimes de ces attaques dont le caractère terroriste est établi et même revendiqué, je voudrais rendre l’hommage de la nation toute entière.
A leurs parents, à leurs familles, à leurs proches, à leurs frères d’armes, j’exprime toutes mes condoléances et toute ma profonde compassion.
Aux blessés, je souhaite prompt et bon rétablissement.
Distingués invités,
Chers collègues,
Il est des moments douloureux qui suscitent néanmoins des sentiments de fierté.
Et la journée d’action terroriste contre l’Ambassade de France et l’Etat-major général des armées sont de ces moments-là.
Oui, en effet, comment ne pas saluer, louer et magnifier nos forces de défense et de sécurité dont le très grand professionnalisme, l’héroïsme et l’intrépidité ont permis de limiter l’étendue des pertes en vie humaine ?
Oui, en effet, comment ne pas glorifier, célébrer et exalter l’exploit, la vaillance et l’abnégation des policiers, gendarmes et militaires qui sont parvenus à neutraliser les assaillants malgré l’effet de surprise ?
A tous, la mère patrie est reconnaissante !
Ils peuvent compter sur l’Assemblée nationale pour adopter toutes les lois qui appellent au renforcement de la politique sécuritaire et à l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail.
Distingués invités ;
Mesdames et Messieurs ;
Il est des évidences qui méritent d’être rappelées. Et le 22 décembre passé, dans mon Discours de clôture de la deuxième session ordinaire de l’année 2017 je rappelais une d’entre elles en ces termes : « La lutte qui nous oppose aux forces du mal sera peut-être longue, pénible, elle nous coûtera encore du sang, de la sueur, des larmes, des nuits sans sommeil et des journées de soupirs. Mais notre victoire est inéluctable ».
Oui, la lutte sera longue parce que la marche de notre peuple vers une société de justice et de progrès est ce que les terroristes et leurs acolytes détestent le plus.
Oui, la lutte sera longue parce que nous refusons et refuserons d’entretenir des relations coupables avec les prédicateurs de la haine.
Mais notre victoire est inéluctable parce que notre dignité, notre amour pour la patrie, notre amour pour la liberté, notre amour pour la poursuite du bonheur ne sont pas négociables.
Notre victoire est inéluctable parce que chaque coup porté contre un Burkinabé nous meurtrit mais rend la nation entière plus forte.
Notre victoire est inéluctable parce que le souvenir de ce mari, de ce père, de ce fils lâchement tué renforcera notre raison de nous battre.
Notre victoire est inéluctable parce que les bons triomphent toujours des méchants.
Notre victoire est inéluctable parce que comme le rappelait le défunt Joseph Salembéré dans une de ses chansons bien connue des burkinabè je cite : « nos ancêtres ont été des braves guerriers, Naaba Saaga a été un brave guerrier, Diaba Lompo a été un brave guerrier, Naaba Yadéga a été un brave guerrier, Koupiendieli a été un brave guerrier, Koudipoul a été un brave guerrier, Guimbi Ouattara a été une brave guerrière et nous ont enfantés guerriers » fin de citation.
Enfin, la victoire est inéluctable parce que la Force conjointe du G5 Sahel est entrée dans son ultime phase d’opérationnalisation. La conférence de haut niveau tenue à Bruxelles le 23 février dernier et qui s’est achevée par l’engagement de la communauté internationale d’apporter son soutien financier et politique constitue en soi une victoire d’étape dans la guerre contre les forces du mal.
Nous sommes désormais en guerre populaire généralisée. Notre peuple épris de paix est en guerre. Une guerre qui nous a été imposée.
Mais plutôt que de nous lamenter, nous frapperons ; plutôt que de courber l’échine, nous resterons debout ; plutôt que de nous résigner, nous traquerons la nébuleuse terroriste et ces cellules dormantes jusqu’à leur dernier souffle.
Cette guerre asymétrique que les forces du mal nous ont déclarée commande une résistance patriotique.
La lutte contre le terrorisme ne doit pas être perçue comme l’affaire des seules Forces de Défense et de Sécurité. Elle est l’affaire de tous. Nous devons la mener avec courage, détermination, abnégation et bravoure.
Notre effort de guerre, nous autres civils, c’est de nous investir pleinement dans la nécessaire collaboration avec les FDS ; c’est de leur fournir toutes les informations nécessaires à la collecte du renseignement opérationnel.
A tous ces ennemis de la démocratie et de la liberté, je leur dis ceci : vos jours sont comptés. Le Sahel qui a été pendant longtemps votre repaire deviendra bientôt votre enfer.
Monsieur le Ministre d’Etat auprès de la Présidence du Faso, représentant Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement ;
Distingués Invités,
Honorables députés,
Mesdames et Messieurs,
Malgré les épreuves que nous imposent les groupes terroristes et leurs complices, malgré la mauvaise conjoncture économique internationale, l’année 2018 s’annonce dans notre pays sous de meilleurs auspices.
La croissance économique devrait se consolider autour de 6,6% soutenue par un programme d’investissement public du Plan National de Développement Economique et Social (PNDES) 2016-2020.
La hausse des cours de l’or et du coton devrait aider également à dynamiser les perspectives de croissance
Mais cette croissance économique ne doit pas être une simple rhétorique, un simple lexique, dont se gargarise l’élite politique et administrative déconnectée des masses populaires.
La croissance économique doit, dans l’urgence, servir à offrir aux masses laborieuses une eau saine à boire, des centres pour se soigner, des écoles pour instruire leurs enfants et des maisons pour se loger décemment.
C’est à cet impératif que doit répondre toute embellie économique.
Cette exigence est louable mais la tâche n’est pas aisée, je le sais.
C’est pourquoi je voudrais partager de nouveau avec vous cet enseignement du Président Thomas SANKARA : « le dirigeant se ruine en pensant, en dépensant et en se dépensant pour son peuple. Mais il s’enrichit moralement s’il sait mériter l’amour de son peuple » fin de citation.
Au plan social, les accords intervenus entre le Gouvernement et les syndicats illustrent la volonté des différents acteurs de tourner véritablement la page tumultueuse des remous sociaux et de redonner espoir à notre peuple, surtout à sa jeunesse combattante en s’investissant pleinement dans la quête d’un développement harmonieux et durable. Je voudrais par conséquent saluer ce compromis à sa juste valeur et exhorter toutes les parties prenantes à garder l’esprit ouvert au dialogue et à la concertation. Je formule le vœu que la conférence générale des forces vives devant traiter du système de rémunération aboutisse à des résultats concluants.
Au-delà de nos divergences politiques et sociales et au nom de notre désir commun de servir le Burkina Faso, il est plus que temps de hâter le retour à un climat socio-politique favorable au dialogue et à la mobilisation de toutes les énergies et intelligences disponibles du pays pour soutenir le renouveau démocratique, socle du programme présidentiel : « Bâtir avec le peuple, un Burkina Faso de démocratie, de progrès économique et social, de liberté et de justice ».
Dans cet esprit, je voudrais, au nom de tous mes collègues députés et au mien propre, adresser nos chaleureuses félicitations à Monsieur le Premier Ministre pour la confiance renouvelée que Son Excellence Monsieur Roch Marc Christian KABORE, Président du Faso, a placée en lui en le reconduisant à la tête du gouvernement.
Nos félicitations vont également à nos deux collègues députés qui ont eu la confiance du Président du Faso et de Monsieur le Premier Ministre qui leur ont confié des responsabilités gouvernementales.
Par la même occasion, je souhaite la bienvenue aux honorables :
-  Phebe Dorcas OUEDRAOGO née COMPAORE,
-  Salamata OUEDRAOGO,
Monsieur le Ministre d’Etat auprès de la Présidence du Faso représentant Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement ;
Distingués Invités,
Honorables députés,
Mesdames et Messieurs,
L’intersession n’a pas été de tout repos pour les parlementaires. Les comités de suivi des recommandations des commissions d’enquêtes parlementaires créées en 2016 ont poursuivi sans relâche leurs travaux.
De l’audition du gouvernement par le comité de suivi sur la gestion des titres miniers et de la responsabilité sociale des entreprises minières, il ressort que 49% de nos recommandations ont été mises en œuvre à la date du 15 février 2018. Le comité recommande entre autres au gouvernement d’accélérer la prise des arrêtés sur le fonds de préservation et de réhabilitation.
Le comité de suivi de la Commission d’enquête parlementaire sur le foncier urbain a pu constater avec regret que seulement 10% des 77 recommandations connaissent un début de mise en œuvre.
Le gouvernement devra s’expliquer publiquement sur cette situation devant la représentation nationale.
Dans tous les cas, il devient urgent de réfléchir à deux réformes majeures dans le contrôle de l’action gouvernementale :
-  premièrement, pourquoi les Ministres ne seront-ils pas désormais individuellement responsable devant la représentation nationale ?
-  deuxièmement, ne serait-il pas judicieux que plus de temps soit consacré aux séances de questions orales afin de mieux prendre en compte les préoccupations des populations et des élus ?
L’intersession a vu la finalisation du plan de travail consolidé à l’intention de certains de nos partenaires que sont l’Union Européenne, la Suède et la coopération Suisse. Dans ce cadre, l’Union européenne et l’ambassade de Suède ont décidé de mutualiser leurs fonds dans un panier commun à hauteur d’environ quatre milliards cinq cent millions (4.500.000.000) FCFA au profit de la mise en œuvre du Plan stratégique 2016 – 2020 de l’Assemblée nationale.
Avec l’appui de nos partenaires que sont le PNUD et le Centre parlementaire canadien, au total, ce sont 93 députés des différentes commissions générales et 91 agents parlementaires qui ont renforcé leurs capacités au cours de cette intersession. C’est le lieu pour moi de réitérer mes sincères gratitudes aux différents partenaires dont le concours si précieux a permis la matérialisation de ces formations.
L’intersession aura été surtout marquée au plan de la coopération par une forte activité des réseaux parlementaires, témoignant ainsi de l’intérêt des députés aux questions spécifiques touchant l’éducation, la santé, la décentralisation, l’eau, le genre, le développement local et la coopération. C’est ce même intérêt qui a justifié la conduite de trois voyages d’échange d’expérience auprès des parlements français, rwandais et marocain.
Distingués invités ;
Honorables Députés ;
Cette session dite des lois qui s’étalera jusqu’au 4 juin prochain sera essentiellement consacré à l’examen et à l’adoption de projets et propositions de lois. Elle sera aussi marquée par le Discours que le Premier Ministre prononcera sur l’état de la nation.
Persuadé de ce que vous avez pleinement conscience des exigences du travail parlementaire, je vous invite à vous investir sans réserve pour nous permettre non seulement de nous acquitter de notre devoir dans les délais impartis et surtout de donner une suite utile aux différents dossiers introduits par le gouvernement.

Mesdames et Messieurs ;
Au regard des signes d’essoufflement que la démocratie représentative manifeste sous nos tropiques et ailleurs dans le monde, permettez-moi d’oser ce violent questionnement :
-  doit-on continuer de nous complaire dans des comportements politiques qui conduisent nos populations à désespérer chaque jour davantage de la démocratie ?
-  doit-on continuer de rester indifférent à la désaffection croissante des jeunes pour la politique ?
-  doit-on continuer avec des pratiques qui poussent les citoyens à se demander « à quoi sert un député », « à quoi sert un Parlement » ?
Chers collègues, détenteurs du pouvoir public, c’est de notre légitimité dont il est question, notre raison d’être, notre utilité. Gouvernants, députés de la majorité et de l’opposition, professionnels de la justice, hommes de médias, internautes, activistes des réseaux sociaux, acteurs de la société civile, nous avons tous comme mandant le peuple que nous représentons au nom duquel et pour lequel nous existons, parlons et agissons. C’est à lui que nous devons des comptes, des explications.
Pour cela, en Afrique plus qu’ailleurs, les notions de peuple, nation, république et égalité doivent cesser d’être de simples grands mots.
Alors, la responsabilité historique nous incombe de faire en sorte que la démocratie devienne un ensemble de réponses aux attentes légitimes des citoyens plutôt que de demeurer une source d’interrogations, de déception, de ressentiment, voire de révolte.
La démocratie n’a de valeur que si elle sait offrir à chaque citoyen toutes ses chances pour servir sa communauté.
Distingués invités ;
Honorables députés ;
Je m’en voudrais de clore mon propos sans rappeler que demain 08 mars, le Burkina Faso à l’instar des autres Etats commémore la journée internationale de la femme sous le thème : « la participation de la femme à la gouvernance : état des lieux, défis et perspectives ».
Notre auguste Assemblée demeure disponible pour légiférer chaque fois que de besoin pour favoriser cette pleine participation de la femme tant souhaitée aux affaires publiques.
Toutefois, il faut bien convenir que cette participation de la femme à la gestion des affaires publiques ne se décrète pas. Elle doit être la résultante de la détermination des femmes d’abord, décidées à s’assumer et à occuper toute leur place au sein de la société. Bien entendu, l’engagement des femmes en faveur de leur émancipation doit se conjuguer avec les efforts de tous.
Sous cet angle la septième législature née de l’insurrection contre l’arbitraire, l’injustice et l’oppression sera tout naturellement un allié sûr et fidèle de ce combat.
Bonne fête à toutes les femmes du Burkina Faso. Quant à nous les hommes qui feront le marché demain, nous espérons que le nassongo sera à la hauteur des plats que nous comptons servir à l’occasion.
Sur ce, je déclare ouverte la première session ordinaire de l’année 2018.
Dieu bénisse le Burkina Faso.
Je vous remercie.

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