Burkina Faso
Unité - Progrès - Justice

Président  >>   Discours

Discours d’ouverture du forum sur l’autonomisation et la responsabilisation des femmes au Burkina Faso de SEM Alassane Bala Sakande, président de l’Assemblée nationale

Mesdames et Messieurs,
Cher(e)s invité(e)s et participant(e)s,

Commençons, si vous le voulez bien, par une énigme dont la morale est toute aussi simple que pertinente.

Cette histoire, je tiens à la partager avec vous tout en confessant d’emblée que je suis tombé dans le piège qui la sous-tend.
Un petit garçon est blessé dans un accident de la route et transporté en toute hâte aux urgences.
Au milieu du chaos et de l’agitation à l’hôpital, le médecin de garde entre d’un pas mesuré dans le bloc opératoire. C’est un spécialiste chevronné, sûr de ses capacités et de son autorité, une personnalité de type A, qui sait d’instinct prendre la situation en mains.
Et voici qu’ayant posé le regard sur le petit garçon, le médecin s’écrit : « Je ne peux pas opérer cet enfant…, c’est mon fils ».
Effectivement, le petit garçon est le fils du médecin, qui n’est pourtant pas le père de l’enfant.
Question : Alors qui est-ce ?
Réponse : C’est tout simple : le médecin est une femme, la mère du petit garçon.
Beaucoup ont tout de suite pensé tour à tour à l’oncle, au grand-père, au beau-père de l’enfant sauf à qui de droit.
Malheureusement, c’est là le problème. Quand il s’agit d’imaginer une femme de pouvoir, notre esprit est trop souvent aveuglé par nos préjugés et nous nous retrouvons pris au piège de mentalités d’un autre âge.
La morale de cette énigme est toute aussi simple : c’est de nos préjugés et de nos mentalités que découle cette injustice faite à la femme. Alors c’est contre nos préjugés et nos mentalités que nous devons mener la lutte pour parvenir à une vision neuve de la femme.
C’est le combat que le Parlement burkinabé a choisi de livrer en initiant le présent forum : « Autonomisation et responsabilisation des femmes au Burkina Faso ».
C’est le combat que, venues de toutes les treize régions du pays, vous avez choisi de mener ensemble sans distinction d’appartenance politique, ethnique ou religieuse.
C’est le combat auquel je m’engage.
Le chemin est peut-être long mais la voie est libre. * ***
Chers invités,
Mesdames les participantes,

Ici au Burkina Faso, partout en Afrique et dans le reste du monde, les femmes apportent une contribution énorme à l’économie que ce soit au sein des familles, des exploitations agricoles ou dans les entreprises. Pourtant elles restent touchées de manière disproportionnée par la pauvreté, la discrimination, l’exploitation et la violence conjugale.
La discrimination fondée sur le genre condamne les femmes à des emplois précaires et mal rémunérés. Elle restreint l’accès des femmes aux actifs économiques tels que la terre et le crédit.
Elle réduit l’accès des femmes à des postes de responsabilité aussi bien en politique que dans l’administration publique ou dans le secteur privé.
Elle diminue l’accès des femmes aux mandats et fonctions politiques.
Elle limite leur participation à la prise de décision et à l’élaboration des politiques économiques et sociales.

C’est la persistance de cette laideur sociale sous nos cieux que Thomas SANKARA, apôtre du féminisme, dénonçait : « utilisée comme moyen de nouer des alliances ou comme outil de cohésion du tissu social, la femme trouve sa finalité dans le mariage et la procréation. Eternelle étrangère dans sa famille d’origine où elle ne restera pas, éternelle étrangère dans la famille de son mari qu’elle ne peut pas quitter même en cas de désaccord, elle est écartée du partage des biens de production telle que la terre et de toute succession à la chefferie ».
Ailleurs aussi, dans les nations et démocraties dites avancées, les femmes continuent de faire l’objet de stéréotypes et de discriminations inacceptables.
Comme nous le savons que trop, dans notre pays comme dans bien d’autres, l’égalité entre femmes et hommes est consacrée par les textes constitutionnels, législatifs et règlementaires.
Mais comme nous le savons que trop, dans notre pays comme dans bien d’autres, il ne s’agit-là que d’une égalité en droit.
Donc comme nous le savons que trop, dans notre pays comme dans bien d’autres, il y a urgence de traduire l’égalité en actes.
J’épouse ce combat des femmes du monde entier. Je lui resterai fidèle.

Chers invités,
Mesdames et Messieurs,

Tant que le genre aura de la signification dans l’épanouissement personnel, dans la promotion politique et sociale, tant que perdurera ce mal dominant qui tient l’homme supérieur à la femme, tant qu’il se trouvera des parents pour perpétuer de façon abusive la division sexuelle du travail, tant que le patriarcat continuera à nier aux femmes les droits les plus élémentaires, tant que les femmes n’auront pas suffisamment confiance en elles-mêmes pour oser lutter et savoir vaincre, alors nous manquerons énormément de ressources pour avancer sur la voie d’une prospérité durable.
Nous ne devons plus attendre que les choses changent d’elles-mêmes. Parce qu’elles ne changeront pas d’elles-mêmes.
Nous devons arrêter de répéter que la vie est ainsi faite. Oui elle est ainsi faite.
Mais par qui ? Elle est ainsi faite par les hommes, pour les hommes et contre les femmes.
Comme le disait avec beaucoup de bon sens Jacques Brel, auteur-compositeur belge : « La pire forme d’absurdité est d’accepter le monde tel qu’il est aujourd’hui et de ne pas lutter pour un monde comme il devrait être ».

Chers invités,
Mesdames et Messieurs,

Face à une telle situation, il y a trois attitudes possibles :
 D’abord penser, comme je viens de l’évoquer, que les choses sont ainsi faites : cela s’appelle le fatalisme ;
 Ensuite considérer qu’il faut sans nul doute du temps pour que ça change : cela s’appelle la passivité ;
 Enfin se convaincre qu’on ne peut plus attendre, qu’il est temps de hâter l’avènement d’une condition féminine digne de notre siècle : Cela s’appelle le volontarisme. C’est la voie que j’ai choisie. Je ne m’en écarterai pas car un pays qui va bien, est un pays qui aime et considère la femme et protège sa dignité.
L’organisation de cette rencontre sur « L’autonomisation et la responsabilisation des femmes au Burkina Faso » procède de ce volontarisme que l’Assemblée nationale burkinabé entend insuffler à notre marche commune vers un développement humain durable et sensible au genre.
Femmes du Burkina Faso et d’ailleurs, mon engagement à vos côtés, je le prends en m’inspirant de l’exemple de toutes les femmes et de tous les hommes, célèbres ou anonymes, qui ont fait de votre cause un choix de vie.
Cet engagement, je le prends au nom de cette jeune fille qui n’est pas allée à l’école parce que tout simplement elle n’est pas née garçon ;
Je le prends au nom de cette femme paysanne qui travaille sans relâche la terre dont elle ne sera jamais la propriétaire ;
Je le prends au nom de cette femme employée dans le public ou le privé mais dont la carrière est plombée par le « plafond de verre » ;
Je le prends au nom de cette mère au foyer, première à se réveiller, dernière à se coucher, mais dont les efforts ne seront jamais reconnus par le mari ;
Je le prends, enfin, au nom de cette femme engagée en politique mais qui n’a pas la maîtrise de sa carrière ni droit à la prise de décision.

Chers invités,
Mesdames et Messieurs,

Certains ne manqueront pas d’assimiler ma démarche à une forme de populisme.
Si multiplier les initiatives pour que cessent ou se réduisent la marginalisation, l’exclusion et la paupérisation des femmes en dépit de leur importance numérique, alors, je revendique mon populisme ;
Si redoubler de stratégies et d’efforts pour que les femmes ne soient plus juste considérées comme des machines à voter, alors, oui je suis un populiste ;
Si inciter à un changement d’attitudes et de comportement individuel et social pour que le système patriarcal cesse de maintenir les femmes dans l’oppression des mâles, oui, vous avez devant vous un populiste.
Si chercher à donner un nouveau souffle à la démocratie représentative en réconciliant les élites politiques, économiques et médiatiques, avec le peuple réel, alors vive le populisme.
Si en inscrivant la femme au cœur de mon action politique, je serai traité de tous les vocables, alors, en avant la musique. Ma réputation m’est chère, mais la cause de la femme m’est encore plus chère.

C’est pourquoi, le populiste que je suis est fier de vous annoncer qu’au terme de la relecture de son Règlement intérieur, la septième législature détient désormais le record en nombre de femmes députés promues à des postes de responsabilité.
Même si jusque-là le mot successeur n’a pas de féminin, je ne désespère pas de voir un jour une femme s’inscrire dans la lignée de ceux qui se sont succédé au perchoir. *(Ce rêve est-il partagé par toutes les femmes ?)
Cela dit et entendu, le parlement burkinabè, en vous invitant à réfléchir sur le thème principal du forum, « Autonomisation et responsabilisation des femmes au Burkina Faso » n’entend pas faire dans le simple sensationnalisme. Il veut plutôt, à partir d’un diagnostic sans complaisance de la situation de la femme, élaborer une nouvelle feuille de route, un échéancier et des projets de textes à prendre en vue d’accélérer notre marche commune vers un développement humain durable et sensible au genre.

Chers invités,
Mesdames les participantes,

Sur le chemin de l’émancipation de la société qui passe par celle de la femme, de nombreux efforts ont été accomplis depuis la Révolution d’Août de 1983.
En rappel, notre Pays a adopté ou ratifié plusieurs instruments juridiques et pris des engagements relatifs à la promotion et à la protection des femmes aux plans international, africain, régional ;
Au niveau national, le Burkina Faso a aussi élaboré des textes normatifs et des politiques progressistes en faveur des femmes. Mais il en va de l’égalité comme de l’amour : les mots comptent, mais les actes comptent le plus.
L’impératif de repenser le rapport de la société à la femme est certes entré dans les têtes mais pas encore dans les mœurs. Et ce n’est ni par les lamentations ni par les complaintes que « l’autre moitié du ciel » accèdera à la reconnaissance de ses droits et la protection de sa dignité.
La femme se fera d’abord elle-même ou ne se libérera pas de ses chaînes.
Déjà, en 1984, le Capitaine Thomas Sankara prévenait : « L’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. Cet esclave répondra seul de son malheur s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d’un maître qui prétend l’affranchir. Seule la lutte libère ».

Mesdames et messieurs,
Distingué(e)s invité(e)s

Votre présence à ce forum consacré à une question majeure touchant nos mères, nos compagnes, nos sœurs et nos filles, témoigne d’une réelle prise de conscience des enjeux de notre développement actuel !
Trois jours durant, femmes et hommes, se pencheront sur "la problématique de l’autonomisation et de la responsabilisation des femmes au Burkina Faso".
Outre la communication inaugurale, quatre communications spécifiques vont alimenter la réflexion et les débats au cours de ce forum national et porteront sur :

 autonomisation et responsabilisation des femmes dans le contexte d’insécurité au Burkina Faso ;
 autonomisation économique et financière de la femme ;
 autonomisation sociale et culturelle de la femme.
 autonomisation politique de la femme et sa prise en compte dans les sphères de décisions.
Ce dernier point, j’en fais mon principal outil d’émancipation de la femme, j’en fais la mère de toutes mes batailles pour l’autonomisation totale de la femme, j’en fais un sacerdoce.
Je le clame du haut de cette tribune, sans peur ni hésitation, car on est ensemble. N’est-ce pas ?
C’est pourquoi, je voudrais, en ces instants annonciateurs d’une aube nouvelle de la femme dans notre pays, vous inviter à une réflexion sur la proposition de l’érection d’un siège de député par province exclusivement dédié à la femme. Si cette proposition venait à être adoptée et concrétisée par une loi, cela permettrait, bon an mal an, d’avoir au minimum 45 femmes députées à l’hémicycle.
Cette réflexion à laquelle je vous convie ne remettra pas en cause la loi déjà existante sur le quota genre. Bien au contraire. Elle vise à la prolonger. Je souhaite aussi que la même démarche soit étendue au niveau des exécutifs locaux.
Braves femmes du Burkina Faso ;
Vaillantes mères, sœurs et épouses venues des villes et des campagnes ;
Au regard de votre engagement personnel, de votre grande mobilisation pour cette rencontre, de la qualité des communicateurs, des modérateurs et autres experts impliqués dans la conduite des travaux du forum, je suis d’ores et déjà persuadé de la pertinence des recommandations et des propositions qui en seront issues. C’est avec impatience que la représentation nationale les attend pour prendre sa part de responsabilité devant l’histoire du Burkina Faso qui devra continuer de s’écrire mais avec les femmes comme actrices majeures et de premier rang.
Soyez rassurées de la détermination du parlement à faire de ce forum un moment fondateur d’une vision neuve de la femme.
Comptez sur moi, j’y veillerai.
Mesdames et Messieurs ;
Distingué(e)s invité(e)s ;

Au-delà des moyens financiers, il a fallu des femmes et des hommes engagés et convaincus pour faire de l’idée de ce forum une réalité. Qu’ils en soient remerciés.
Je tiens également à féliciter les membres du comité d’organisation et l’ensemble des acteurs de l’ombre qui n’ont ménagé aucun effort pour que cet important rendez-vous puisse se tenir dans les meilleures conditions et dans les délais requis.

Je réitère le vœu que chacune et chacun ici présents, puissent s’investir et donner le meilleur de soi-même afin que ce forum aboutisse à des réponses très claires aux questions liées à la promotion et à la protection des droits des femmes !
C’est sur cette note d’espoir que je déclare ouvert le forum national sur l’autonomisation et la responsabilisation des femmes au Burkina Faso.

Bonne inspiration et plein succès à vos travaux !
Dieu bénisse la femme !
Dieu bénisse le Burkina Faso !
Je vous remercie.

A lire également :